Dans deux dodos

by Guest Author
DANS-DEUX-DODOS

12.02.201 Fin de la quarantaine dans deux dodos. Vous ne m’en voudrez pas de ne pas évoquer ici ce qui explique cette quarantaine, de ne pas revenir sur la pandémie et les drames qu’elle a engendrées aux quatre coins du monde, de ne pas revenir sur la complexité pour nous tous de nous déplacer et d’aborder les distances comme nous ne savions plus le faire.

J’ai simplement envie de parler de cette expérience de quarantaine. Inédite. Et particulière. Ma quarantaine se passe ici, sur l’île Maurice, c’est sa particularité; je ne suis pas enfermée entre quatre murs dans un endroit où l’hiver sévirait. C’est déjà quelque chose: s’éveiller chaque matin dans un décor de carte postale et la carte postale prend chaire, tout tranquillement très doucement parce que les feuilles bruissent de mille sons que les oiseaux font un vacarme à tout casser et invariablement poétique que l’Océan face à moi propose mille couleurs, une ligne d’horizon rassurante de fixité pour accueillir toutes les variations de son état.

Une expérience inédite, peut-être que je ne serai jamais plus dans ma vie confrontée à cet isolement forcé, une petite fenêtre inattendue où loin d’être coupée du bruit du monde mon impuissance d’action face à lui est tout à fait délicieuse. Bien sûr, je pourrais faire une retraite dans un coin perdu pour vivre des sensations identiques, mais ce serait certainement moins épique et je n’en ai jamais éprouvé le désir. Et un peu différent tout de même: dans la retraite, il n’y a pas d’entrave à sortir des mètres carrés qui vous sont dévolus. Il a fallu une contrainte. Il y en a mille des contraintes qui peuvent nous pousser à cela, rentrer chez soi, retrouver de la famille que l’on n’a pas vu depuis trop longtemps à cause de cette fichue situation mondiale et historique, aller saluer les morts ou soutenir les vivants. Pour moi la contrainte de la quarantaine: seule possibilité pour retrouver mon amoureux. Quarantaine épique et furieusement romantique. Et, surprise, ce moment n’aura pas été qu’une longue attente. Ce moment s’est révélé être une brèche, une faille spatio-temporelle où tout peut s’étendre. La pensée. Le corps. Les projections. Les petits riens délectables qui s’égrènent dans une journée. La solitude. Je sais et je sens déjà que l’appréhension du monde en liberté demain sera très étrange. Il faudra reconnecter avec un autre mode de parole. Qu’à cela ne tienne, c’est savoureux de savoir ceci: tant de choses s’échappent mais le souvenir de cet instant si bref et si long restera très vif dans ma mémoire.

Vous l’aurez compris, je suis heureuse. Indéniablement. Et comment ne pas penser qu’il serait indigne de ne pas l’être?

Je fais l’impasse sur les repas, la chambre, la terrasse, l’emploi du temps, parce qu’il n’y a rien à redire; j’ai été plus que choyée. Je parle absolument des personnes de l’hôtel et du personnel médical. Tous ont apporté une douceur quotidienne quand eux-mêmes sont professionnellement contraints de faire cette quarantaine avec nous. Je serais très curieuse de les entendre raconter ce qu’ils vivent aujourd’hui, quand cet inédit est en train de devenir leur quotidien. Ce n’est pas grand-chose, mais je les assure de toute mon estime. Sans eux, sans Owen, Govin, Ravi, Alexandre et toutes et tous les autres, cet espace ne serait pas un écrin.

Et vive les comédiens, les journalistes, les films, les pièces de théâtre (oui filmées… je sais…), les musiciens, les auteurs, les radios qui ont allumé la flamme du sens jour après jour dans mon enclos.

Tout cela ne m’empêche en aucun cas de me réjouir puissamment de retrouver les yeux tant attendus dans 2 dodos… Contributor Charlote Ricateau-Pfersdorff

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